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Rôle d'un espace de travail numérique privé dans une activité d'édition collaborative de cartes conceptuelles. Cas d'étude en lycée L'utilisation des artefacts numériques pour la réalisation d'activités d'apprentissage reste le plus souvent individuelle, faute de disposer d'environnements adaptés, tant du point de vue du matériel que des applications et des pratiques pédagogiques. Cette recherche rend compte de l'expérience d'usages de différents artefacts dans une activité collaborative d'élaboration de cartes mentales et conceptuelles proposée en cours d'histoire de seconde. L'objectif principal est l'étude du rôle de l'espace de travail privé pour l'édition collective de cartes mentales et conceptuelles. Plus précisément, l'objectif est d'évaluer si le recours aux artefacts numériques lors de l'édition collective de cartes mentales et conceptuelles favorise les processus de confrontation cognitive constitutifs de la collaboration. Pour répondre à cet objectif, deux itérations (expérimentation pilote et expérimentation) ont été réalisées avec deux prototypes de dispositif numérique de collaboration qui permettent aux élèves de différencier leur espace de travail individuel de l'espace collectif. La première expérimentation pilote a été réalisée en 2015 avec un prototype de cartes mentales existant avant l'étude. Elle a consisté à valider le protocole expérimental de la recherche et à préciser les questions de recherche et les hypothèses. La deuxième expérimentation, quant à elle, a été réalisée au cours de l'année 2016 via un prototype de cartes conceptuelles conçu et développé dans le cadre de cette recherche. Cette expérimentation a eu pour but d'éprouver les trois hypothèses formulées, qui s'inscrivent dans la théorie de l'apprentissage social de Bandura (1980) et portent à la fois sur des déterminants environnementaux, cognitifs et comportementaux. La première hypothèse (déterminants environnementaux) suppose tout d'abord que la médiation instrumentale d'une activité d'apprentissage collaborative a une influence sur la participation des élèves. La deuxième hypothèse (déterminants cognitifs) quant à elle, soutient que l'adjonction d'un espace de travail personnel de l'élève à un espace d'interaction collectif favorise des processus cognitifs présents dans la collaboration : le conflit sociocognitif (Doise et Mugny, 1997; Perret-Clermont, 1979), l'étayage (Bruner, 1997) et la vicariance (Bandura, 1980; Pentland, 2015). Enfin, la troisième hypothèse (déterminants comportementaux) suggère que la participation individuelle des élèves sur l'élaboration d'une carte conceptuelle collective est influencée par la culture affective du groupe. Afin de vérifier ces 3 hypothèses, un plan expérimental multifactoriel croisé a été mis en place, ce qui a permis de tester les variables indépendantes simultanément auprès de 7 groupes de lycéens de seconde en classe d'histoire. L'analyse de données effectuée est centrée sur la nature des interactions orales et numériques des élèves, ainsi que sur leurs productions écrites et leurs réponses aux entretiens collectifs et aux questionnaires individuels. Les résultats montrent la tendance du dispositif numérique de collaboration (artefacts, organisation de l'activité, scénario pédagogique) à favoriser le processus d'étayage et vicariance suite aux échanges nécessaires à la coordination des tâches techniques d'édition de la carte conceptuelle. Les résultats indiquent qu'après l'utilisation d'un espace privé numérique, les élèves ont des conflits sociocognitifs significatifs lors du travail en groupe, les entraînant à accepter les réponses les plus ouvertes afin d'éviter la confrontation.
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Les dispositifs collaboratifs en contexte professionnel La société se transforme, se mue et chacune de ses transformations est visible par l'aspect décrit par le terme accolé à " société " (société de l'information, société de la connaissance, société du savoir, société numérique). Ces transformations sociétales ont un impact considérable sur les secteurs professionnels, certains secteurs connaissent des changements plus vite que d'autres. Ainsi, les mutations du secteur de l'information-documentation ne datent pas d'aujourd'hui, l'impact numérique y est important. Cet aspect s'est encore plus accentué, mais les perceptions ont changé, les unités documentaires se " métamorphosent " pour " élargir l'espace et rétrécir le temps " comme l'évoquait J. de la Vega en parlant des bibliothèques numériques. Le modèle expérimental instauré par l'institution éducative pour la mise en place de ce nouveau lieu des savoirs que sera le CDI de demain gagnerait à intégrer un élément du processus de mutualisation : la capitalisation des connaissances, des savoirs et savoir-faire, ainsi que des pratiques informationnelles des professionnels de l'information. Pour cela, un dispositif collaboratif soutiendrait cette mutualisation, il s'agit de la mutualisation d'un nouvel espace, redéfini, intégrant de nouveaux usages possibles, de nouveaux lieux d'interactions remettant au cœur des préoccupations une forme de médiation globale articulant médiation humaine et médiation numérique.... Revoir la notion d'espace documentaire, comme un lieu de médiation étendu (Fabre, 2013) avec ces espaces sans fin est une réflexion à mener avec les professionnels de terrain et les chercheurs. Envisager cette réflexion à travers un observatoire dans un cadre d'une recherche-action serait à notre sens une réponse appropriée, car elle permettra une interaction entre le monde de la recherche et celui des acteurs de terrain avec des territoires communs à explorer... La recherche décrite ici s'inscrit dans cette perspective.
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Approche informationnelle pour la prise en compte des contextes d'usage dans la conception d'outils de travail collaboratif assisté par ordinateur Le point de vue du constructivisme social sur les phénomènes techniques amène à adopter une vision duale, orientée à la fois sur les controverses sociales et techniques déployées autour des projet d'innovation et à la fois sur la construction des usages de la technique. Notre thèse pose la question de la place de l'information, à travers les pratiques, les supports et les dispositifs informationnels construits par les acteurs, dans les controverses desquelles émergent l'objet technique, dans notre cas, les outils de travail collaboratif assisté par ordinateur. Les pratiques informationnelles des concepteurs et les dispositifs d'information mis en oeuvre au cours du processus de spécification de TIC leur permettent-elles d'intégrer le contexte socio-organisationnel d'usage au cours de la conception ? Quels sont les conditions dans lesquelles les connaissances, participant à élaborer un modèle de l'usager, se construisent ? Comment les logiques de conception / production rencontrent et affectent les logiques d'usage et d'appropriation ?
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Annotation : attention, association, contribution Nous nous intéresserons particulièrement ici aux situations dans lesquelles les documents sont des supports à la coordination d'un collectif distribué engagé dans une activité commune finalisée. Dans ces contextes, le document apparaît comme un ensemble de fragments portés par des auteurs divers et dont le contenu final reste largement indéterminé alors même que sa circulation rapide lui fait déjà jouer un rôle majeur d'information, d'aide à la décision et de preuve. La notion de « Documents pour l'Action » (DopA) [ZAC 04], [ZAC 06a] vise à rendre compte de la diversité des pratiques coopératives centrées sur le document et du rôle particulier qu'y jouent les annotations. Ces pratiques sont très diverses et vont du domaine de la médecine [BRI 03] aux pratiques informationnelles des chercheurs [BEN 03], en passant par la coopération autour de plans dans le domaine de la conception [GUI 05]. Elles suscitent des projets de conception variés : nouvelles fonctionnalités logicielles pour la gestion collective des annotations, promotion de standards, etc. Cette présentation de la documentarisation et du DopA nous permettra de comprendre le rôle essentiel que jouent les annotations dans la coopération médiatisée par ce type de documents. Mais nous utiliserons ici le terme d'annotation pour désigner au moins trois catégories différentes d'inscription correspondant à trois types d'annotations, les annotations attentionnelles, les annotations-associatives et les annotations contributives. Ce faisant nous élargirons assez considérablement l'acception donnée au terme d'annotation par rapport à son usage usuel désignant un contenu textuel secondaire associé à un passage textuel principal, pour désigner toute forme d'ajout visant enrichir une inscription ou un enregistrement pour attirer l'attention du récepteur sur un passage ou pour compléter le contenu sémiotique par la mise en relation avec d'autres contenus sémiotiques pré-existants ou par une contribution originale. Cette extension donnée au sens du terme d'annotation est pour partie la conséquence des usages terminologiques associés à la gestion collective des documents sur le Web où le terme d'annotation peut désigner aussi bien le fait de surligner un passage, le rajout d'une balise sémantique permettant le classement du document (« taguer »), ou la rédaction d'un commentaire associé à un texte en ligne.